Vladimir Poutine a été accueilli ce lundi au fort de Brégançon par Emmanuel Macron, en amont du G7. De l'Ukraine à la Syrie, plusieurs dossiers diplomatiques étaient au menu des discussions. Concernant les manifestations en Russie, le chef du Kremlin a indiqué qu'il ne tolérerait pas une « situation telle que celle des gilets jaunes » en France. Une rencontre au sommet pour amorcer le dégel ?

 Le président français Emmanuel Macron a reçu son homologue russe Vladimir Poutinedans sa résidence d'été lundi pour un entretien bilatéral avant le sommet du G7, qui se déroulera sans la Russie à la fin de la semaine en France.
Le président russe, arrivé au fort de Brégançon (sud de la France) dans un hélicoptère aux couleurs de la Russie, a été accueilli par le président Macron et son épouse Brigitte, à qui il a remis un bouquet de fleurs.

La Russie est « européenne »
Après quelques amabilités, les deux hommes, assis sur des chaises de jardin, ont échangé devant la presse. Ils sont revenus sur plusieurs dossiers diplomatiques : la Syrie, les manifestations à Moscou, les régions séparatistes prorusses en Ukraine, l'Union européenne...
Le président Emmanuel Macron a plaidé devant Vladimir Poutine pour un rapprochement entre l'Union européenne et la Russie, appelant à retrouver la « confiance » dans un ordre international en « recomposition ». Malgré « les malentendus des dernières décennies, les débats sur la relation avec l'Occident », la Russie « est européenne » et « nous avons à réinventer une architecture de sécurité et de confiance entre l'Union européenne et la Russie », a déclaré le chef de l'Etat français.

Manifestations à Moscou
Fin juillet, la Russie avait appelé la France à ne pas lui « donner de leçon » concernant les arrestations massives de manifestants à Moscou. Les autorités russes avaient par ailleurs accusé l'Etat français d'avoir usé de « toutes les méthodes répressives » lors du mouvement des « gilets jaunes ».
Ce lundi, Vladimir Poutine a déclaré devant son homologue français que les autorités russes agiraient pour que les manifestations d'opposants à Moscou restent dans le « cadre de la loi » et qu'il voulait éviter une « situation telle que celle des gilets jaunes » en France, évoquant un bilan de « onze personnes tuées et 2.500 blessées ». Selon les autorités françaises, un seul mort a été recensé lors des manifestations de gilets jaunes : une femme de 80 ans tuée par une grenade lacrymogène alors qu'elle était sur son balcon. Dix autres personnes ont été tuées dans des accidents causés par des barrages routiers des manifestants.
Le parallèle a été réfuté par Emmanuel Macron, « la comparaison ne vaut pas raison. Les gilets jaunes ont été librement aux élections européennes (...) Je souhaite qu'ils s'expriment librement (...) On est un pays où les gens peuvent s'exprimer librement, manifester librement », a-t-il dit, en référence aux exigences des manifestants russes d'élections transparentes et libres.

« La Russie soutient l'armée syrienne »
Le président français a par ailleurs exhorté le régime de Damas et son allié russe à respecter le cessez-le-feu décrété dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. « Il est impérieux – nous y tenons beaucoup et nous aurons l'occasion d'en parler – que le cessez-le-feu décidé et acté à Sotchi (en Russie) soit vraiment respecté », a-t-il déclaré.
Quelques instants plus tard, le président russe Vladimir Poutine a, pour sa part, réaffirmé le soutien de la Russie à l'armée syrienne, épaulée par des militaires russes, dans son combat contre les « menaces terroristes » : « Nous soutenons les efforts de l'armée syrienne pour éliminer les menaces terroristes à Idleb ».

De nouvelles relations avec l'Ukraine
Concernant le dossier des régions séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, le chef d'Etat français a plaidé pour un sommet à quatre sur l'Ukraine « dans les prochaines semaines », estimant qu'il y avait un « vrai changement » dans les relations entre Kiev et Moscou. « Les choix du président (ukrainien Volodymyr) Zelensky sont un vrai changement pour la situation », et « nous aurons à considérer l'opportunité, ce qui est mon souhait, d'un nouveau sommet en format Normandie [Russie, Ukraine, Allemagne, France] dans les prochaines semaines ».
Vladimir Poutine a évoqué « un optimisme prudent » : « Je vais parler (avec Emmanuel Macron) de mes contacts avec le nouveau président ukrainien. Il y a des choses qui sont dignes de discussions et qui provoquent un optimisme prudent ». La Russie pâtit des sanctions européennes décrétées en raison de l'annexion de la Crimée et de son implication présumée – qu'elle dément – dans le conflit du Donbass.
Vladimir Poutine a de son côté loué « le rôle très important, voir clé » de Paris pour permettre le retour en juin dernier de la Russie à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Macron en Russie en mai 2020
Malgré des désaccords de fond sur des sujets tels que la guerre en Syrie ou les droits de l'Homme, la tonalité est clairement au réchauffement entre les deux pays, Emmanuel Macron voulant œuvrer à un rapprochement stratégique entre l'Europe et la Russie pour affronter un monde en plein chambardement, et éviter que Moscou ne se rapproche trop de la Chine.
Geste symbolique, le président français Emmanuel Macron a aussi annoncé qu'il se rendrait à Moscou en mai 2020 pour assister aux célébrations en Russie du 75e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie. « Je serai en Russie aux côtés du président Poutine » pour cet événement, a-t-il déclaré. « Je suis reconnaissant » à Emmanuel Macron d'avoir accepté cette invitation, a renchéri Vladimir Poutine, les Russes accordant la plus haute importance à ces commémorations qui ont été boudées par les Occidentaux depuis l'annexion de la Crimée par la Russie, en 2014.

Source : AFP/ 19/08/19
Photo : Gerard Julien/AP/SIPA
Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, dans la résidence d'été dans le sud-est de la France. Par : Gerard Julien/AP/SIPA